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Communauté chrétienne St-Albert le Grand





Le 27e dimanche du temps ordinaire

« Ne vous inquiétez de rien »

4 octobre 2026

Matthieu 21, 33-43 

Raymond Latour

     Dans un temps inquiétant comme le nôtre, pouvons-nous vraiment nous approprier de cette exhortation de saint Paul : « Ne vous inquiétez de rien » ?  
       Ce n’était certes pas à des gens qui roulaient sur l’or que saint Paul s’adressait. Ce n’était pas à des gens à l’abri de tout souci, de toute préoccupation qu’il souhaitait transmettre ce message de réconfort. Pas besoin de rassurer quand tout baigne dans l’huile et que rien ne pourrait déranger votre sérénité. Les malheurs habituels du monde ne sont que trop présents à notre esprit. On y ajoutera encore notre éco-anxiété et maintenant les inquiétudes que nous cause l’Intelligence artificielle qui risquerait d’échapper à notre contrôle. La violence, toujours aussi présente, profite de nouveaux moyens technologiques, particulièrement avec l’usage des drones comme arme de guerre sur des populations civiles.                 
       La plupart des personnes qui se rendent à l’église s’attendent à y entendre un message de paix et d’amour. Pas tout à fait la tonalité de l’évangile du jour, histoire tumultueuse d’une vigne.         
La vigne est ce grand symbole biblique qui désigne le peuple d’Israël. La parabole de l’évangile montre combien cette vigne est chère au Seigneur. Il lui accorde tous ses soins. Le Seigneur y apparaît comme un gros travailleur qui ne renoncerait à aucun sacrifice pour obtenir de sa vigne les meilleurs produits. Ses espérances ont été déçues. Il voulait cueillir des fruits de droits et de justice, il ne trouve que crimes et cris de douleur.     
La vigne si précieuse a été confiée à des gens qui s’en sont appropriés. Elle est devenue leur bien. Une usurpation. La parabole ne nous épargne rien. Elle met en scène l’extrême violence de gens décidés à s’emparer de la vigne du propriétaire du domaine, jusqu’à tuer son fils unique. Le message est assez facile à déchiffrer : toute l’histoire d’Israël apparait comme une rébellion contre Dieu qui, ultimement, conduira à la mise à mort du Fils de Dieu sur la croix.     
La violence insoutenable qui se déploie dans cet évangile ne nous étonne pas beaucoup. Le cœur humain quand il cède à son désir de possession et de domination peut mener aux pires excès. Non, ce qui surprend dans cet évangile, c’est la naïveté vraiment déconcertante du propriétaire du domaine que l’on identifie à Dieu. Il fait montre du plus mauvais jugement. Même après le passage à tabac d’un serviteur, le meurtre d’un autre et la lapidation d’un troisième, il décide d’envoyer encore d’autres serviteurs, « plus nombreux que les premiers » précise l’évangile. Évidemment, ils ont subi un sort identique. À quoi d’autre le maître pouvait-il raisonnablement s’attendre ? Mais, comble de stupidité, du moins à vue humaine, il s’avise encore d’envoyer son fils. « Ils respecteront mon fils », croyait-il… Il faut être un peu fou, pensons-nous. 
Et voilà qui nous amène au message que voulait peut-être nous livrer cet évangile : la folie de l’amour de Dieu pour son peuple. Non seulement Dieu consent-il les plus grands efforts pour sa vigne-Israël, il est allé jusqu’à donner son propre Fils.                
Jésus conclue cette parabole par une nouvelle image, non plus celle de la vigne, mais celle d’un édifice qui sera érigé sur la pierre que les bâtisseurs avaient rejetée. Après tout un déferlement de violence, l’amour de Dieu finit par prévaloir. Et Jésus revient à la métaphore de la vigne, en assurant qu’elle produira ses fruits. C’est bien l’œuvre de salut accomplie en Jésus-Christ, par son mystère de mort et de résurrection.  
On voudrait croire que la parabole n’a plus d’actualité, qu’il s’agit d’un drame du passé, pour nous faire apprécier l’histoire du salut et la longue patience de notre Dieu. Mais ce désir de « s’accaparer » la vigne nous guette encore dans notre église. La tentation de nous comporter en propriétaire plutôt que de nous mettre au service du maître de la vigne, reste toujours présente. C’est un appel à la vigilance.          
Mais cet évangile possède aussi une force d’incitation. Quand nous voyons quelqu’un travailler avec acharnement, n’avons-nous pas le désir de lui prêter un coup de mains? Dieu nous investis encore aujourd’hui de toute sa confiance pour prendre soin de sa vigne, de son peuple, attendant encore de nous des fruits de justice. 
Ensemble, en communauté, nous accueillons son amour profond pour son Église et sommes invités à y participer. Et comme Dieu ne semble jamais se décourager, peut-être pourrions-nous l’imiter dans son espérance qui paraît si déraisonnable.                              
                 
Notre époque, en cela pas vraiment différente des autres, est marquée par la violence. Notre Église, elle, devrait se distinguer par son obstination à poursuivre le bien voulu par Dieu, même si les résultats attendus ne sont pas toujours au rendez-vous. Nous sommes dans un temps où l’espérance est la plus grande vertu. C’est l’appel de Paul : « Ne vous inquiétez de rien », pour travailler librement à la vigne.