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Communauté chrétienne St-Albert le Grand





Dimanche de la Trinité     

Raymond Latour

Jean 3, 16-18   

Quand Dieu se dit…

    Dieu nous a aimés le premier. Dieu a fait les premiers pas. Dieu a tellement aimé le monde, nous dit encore l’Évangile que nous venons de proclamer. La belle histoire d’amour ! Du moins, c’est ainsi qu’elle nous apparait dans son dénouement. Mais pour Dieu, au commencement, c’était un peu compliqué.            
       Il fallait y aller avec précaution. Ne pas tout dire d’un seul coup. Il y faudra du temps, c’est sûr. Pour s’apprivoiser. Surtout ne pas effaroucher cette pauvre humanité ! Comment l’aborder ? À la moindre approche, elle risquait de s’étrangler dans le sentiment du sacré. Voir Dieu et mourir, c’était la mentalité qui prévalait. Une séparation semblait nécessaire entre deux mondes qui ne pouvaient cohabiter. La sphère du divin, à la limite, les poètes et les sages pouvaient tenter de l’approcher, mais à respectueuse distance. Quant aux gens ordinaires, ils cherchaient surtout à composer avec ces forces qui leur échappaient et qui peut-être contrôlaient le destin de tout un chacun. Surtout ne pas se les aliéner, ne pas se les mettre à dos, ne pas attirer la malédiction. Se protéger.         
       Comment s’y prendre ? se demandait Dieu. Comment s’y prendre pour établir une vraie relation, disons le mot, une alliance ? C’était délicat. Un jour, Dieu approcha un représentant de cette humanité : Moïse. L’affaire semblait prometteuse puisque Moïse avait tendu l’oreille, avait entendu l’invitation à se rendre sur la montagne du Sinaï. Et ce matin-là, il y répondait.         
Le moment des présentations était venu… Dieu se nomme à Moïse. Trois fois, Dieu s’est désigné comme « le Seigneur ». C’était peut-être un peu trop… trop intimidant… trop… écrasant… Alors, Dieu se fait rassurant et va un peu plus loin dans les présentations, au point d’ouvrir son cœur, de se déclarer « Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité ».   
Quel gage de fidélité que ce visage de douceur ! Pas du genre à recourir à la violence, à la contrainte. Dieu se tient là devant Moïse dans une surprenante humilité. Rien de tonitruant, rien de menaçant… rien de trop divin… presqu’humain.      
       Mais Moïse, lui, demeure un peu partagé. Pas du tout certain que lui et son peuple sauront répondre à la hauteur d’un tel amour. La tendresse de Dieu, sa miséricorde, son amour, sa vérité : tout cela lui paraît démesuré au regard de ce qu’il connaît de lui-même et de son peuple. Le partenaire semble bien mal assorti, du moins à vue humaine. Dieu n’ignore sûrement pas qu’il a affaire à un peuple à la nuque raide. Moïse semble surtout retenir de Dieu sa miséricorde. Il entrevoit déjà les infidélités qui viendront. Les tables d’alliance exprimeront les clauses du contrat, mais par-dessus tout il faudra la miséricorde. Sans elle, cette alliance sera vouée à l’échec. « Tu pardonneras nos fautes et nos péchés », présume-t-il de ce Dieu dont il ne connaît pas encore la folie amoureuse. Il lui tend la main, avec une belle confiance. Visiblement Dieu a réussi à parler à son cœur.            
Tout confus Moïse déclare : « S’il est vrai que j’ai trouvé grâce à tes yeux, daigne marcher au milieu de nous ».     
       C’est l’invitation que Dieu attendait ! Il lui plairait de marcher au milieu de nous à un point que ni Moïse, ni aucun prophète n’auraient pu imaginer. Ce sera la venue du Fils, puis celle de l’Esprit pour assurer une présence plus intime encore. Pour révéler davantage son nom. Pour manifester jusqu’où va son désir de communion.      
       L’histoire d’amour se poursuit. Et jamais nous ne nous y habituons vraiment. Dieu n’a jamais fini de se dire. Dieu se nomme et se donne. Hier, aujourd’hui et demain. Son amour s’est inscrit dans nos cœurs par son Esprit. Le souhait de Moïse a été exaucé : Dieu a fait de nous son héritage. Nous partageons son nom, celui qui fait notre fierté. Depuis Pâques, nous le savons, nous vivons de sa vie. Depuis la Pentecôte, nous l’expérimentons : son Esprit nous accompagne et marche avec nous. Qui a connu un tel amour pressent bien qu’il rime avec toujours et qu’il s’épanouira en vie éternelle. 
Moïse l’avait déjà compris, Dieu se dit et n’a qu’une Parole. Faut-il reprendre les présentations ? « Je suis le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux. »