CCSA






Communauté chrétienne St-Albert le Grand





 5e Dimanche du Carême, année A               
               
Revivre : passer au travers… la mort  ?

Raymond Latour   

Jean 11, 1-45 

      Dans des situations d’extrême difficulté, on se demande : « est-ce que je vais passer au travers ? » Cela concerne des moments éprouvants au travail, des tâches exigeantes, aussi bien que d’importants ennuis financiers ou de santé. Il peut aussi s’agir de relations humaines très conflictuelles ou des deuils qui nous affligent. Nous nous sentons dépassés, incapables de faire front à des situations qui nous paraissent au-delà de nos forces. Dans ces circonstances, des amis viendront nous rassurer : « mais oui, tu vas passer au travers » et nous offrent leur soutien. Et quand, effectivement, nous y arrivons, nous avons le sentiment de revivre.             
       Mais passer au travers de la mort, c’est une tout autre affaire. Personne n’en a la capacité. Ni la médecine, ni l’argent, ni aucune force humaine ne peut nous l’épargner, du moins de façon définitive. Jésus, au long de son ministère, a permis à quantité de personnes de passer au travers de la maladie, du rejet social, du péché. Tous ses gestes que nous désignons par le mot « miracles » pointent vers un dépassement de ces limites humaines, indiquent la vie en abondance que Dieu veut pour nous. Dans l’évangile selon saint Jean, il est question d’une série de « signes » qui manifestent la provenance de Jésus aussi bien que sa mission de rendre gloire à Dieu. Ces signes étaient destinés à conduire le peuple à la foi. Le signe ultime de Jésus a consisté à rendre la vie à son ami Lazare, dernier signe avant celui, définitif, de sa mort et de sa résurrection, sa Pâque, son passage.           
       Lazare, forcément, est un personnage passif dans notre évangile. Il ne fait pas le mort. Il est mort, ce sur quoi on ne manque pas d’insister, même si encore une fois, l’évangéliste Jean joue sur la confusion entre la mort et un simple état de sommeil : « Lazare s’est endormi, sa maladie ne conduit pas à la mort ». Pourtant, les notations sur la réalité de sa mort abondent tout autant. Ce décès plonge dans la consternation tout l’entourage, particulièrement ses deux sœurs, Marthe et Marie. Marthe laisse justement entendre que si Jésus avait été là, Lazare serait peut-être passé à travers sa maladie. Mais cela n’a pas été le cas, et c’est tant mieux pour Marthe qui, grâce à son frère Lazare, et cet intense dialogue avec Jésus, est passée à une foi conventionnelle : « je sais qu’il ressuscitera au dernier jour », à une foi personnelle en Jésus. Elle a reconnu en lui la résurrection et la vie.     
       Ce sont tous ces moments où nous doutons de notre capacité de passer à travers qui sont autant d’invitation à franchir le passage, la Pâque, de la mort à la vie.    
       Lazare aura été un instrument, une occasion pour son entourage d’accéder à la foi. Il n’a rien dit. Inutile de l’interroger sur l’événement. Ce n’est pas à lui de parler, mais à tous ces témoins qui ont cru, comme Marthe, que quiconque croit en lui, même s’il meurt, vivra. Ce sont eux qui attestent que c’est l’Esprit qui fait vivre, comme le précisait Paul dans sa lettre aux Romains. C’est lui, l’Esprit qui donne et donnera encore la vie à nos corps mortels.                               
                 
La prophétie d’Ézéchiel, entendue en première lecture, concernait tout le peuple de Dieu. Le peuple, dans son infidélité, a choisi de tourner le dos à la vie qui lui était proposée. Le prophète nous fait entendre l’aversion que Dieu porte envers la mort et sa résolution d’insuffler son esprit et ainsi ouvrir les tombeaux.              
De la même façon, l’ordre de Jésus à Lazare pourrait s’adresser à toute l’Église : « Lazare, viens dehors! » Le commandement de la vie formulé par Jésus retentit encore aujourd’hui. L’évangile que nous avons proclamé appelle une Église en sortie, libérée de toutes ses tendances mortifères, une Église qui témoigne de la vie qui l’anime, une Église servante, au service de la vie. Pour cela, nous avons à reconnaître que nous nous protégeons encore trop de la vie que Dieu voudrait nous infuser par son Esprit. Il y a encore trop de ces replis mortifères qui s’opposent à l’abondance de vie que Dieu souhaite nous prodiguer. Que chacun et chacune de nous soit concerné par cet appel autoritaire, prononcé d’une voix forte par Jésus : « Lazare, viens dehors ! »         
Oui, quittons cet étrange confort qui s’apparente à la mort. Quittons les fausses sécurités et tout ce qui nous empêche de vivre pleinement, de cette tendance que nous avons à nous immuniser contre la vie. Lazare a obéi à l’ordre de venir au dehors, et d’une certaine façon, la communauté de foi l’a délié de ses entraves, de ses liens avec la mort. Allons dehors, là où se trouve la liberté et la vraie vie. Allons dehors, où nos frères et sœurs nous attendent pour passer au travers de tant et tant d’épreuves ! Ensemble, revivre !