Deux histoires viennent d’être proposées à notre réflexion. La première de nature plus politique concerne les décisions difficiles auxquelles est soumis le roi Acaz, un personnage assez peu dynamique. L’histoire se passe au 8ième siècle avant notre ère. Le roi est conscient que sa lignée a peu de chance de garder le trône et que sa famille perdra le pouvoir. Pour éviter le pire, il cherche à conclure des alliances avec des petits royaumes qui l’entourent. Ces choix éviteraient les troubles et sauveraient son héritage qui est aussi l’héritage de David. C’est à cette politique qui en est une de facilité que s’en prend le prophète Isaïe. Il dit au roi : « Demande un signe qui témoignera de l’engagement de Yahvé ». Le roi refuse de faire cette demande, sous prétexte de ne pas tenter Dieu. Isaïe lui répond alors que Dieu lui-même va lui donner un signe : « La jeune femme porte un fils, elle va enfanter. Elle va crier son nom d’Emmanuel : Dieu avec nous ». De fait, quelques années plus tard, une jeune reine donnera naissance à un futur roi, ce qui donnera à la parole du prophète une grande résonnance pour tout Israël durant des centaines d’années.
700 ans plus tard, voilà que la parole du prophète Isaïe reprend toute son actualité avec l’histoire étrange qui arrive à Joseph et Marie. La situation à laquelle le couple doit faire face est exactement ce qu’il ne voulait pas vivre; les deux voulaient plutôt agir en conformité avec la tradition de leur peuple. Et là, ce n’est plus possible. Que faire? Matthieu nous raconte la réponse de Joseph à la situation.
Dans cette réponse, Joseph cherche dans la mesure du possible à ne pas faire de mal à Marie. On voit la bonté, la grandeur humaine de cet homme. Et c’est cette humanité qui explique que Dieu ait choisi Joseph pour être l’époux de Marie et pour prendre soin de son Fils Jésus. À partir de ce moment, l’action passe à un niveau différent. C’est Dieu qui prend charge du récit. Joseph perd le contrôle, il s’endort. Dans ce sommeil, Dieu lui parle pour le conduire à accueillir une parole qui le dépasse absolument et qu’il n’aurait jamais pu entrevoir.
Certains réagiront et diront : ça dépasse la réalité. Et ils ont raison. Dans les cultures anciennes, les récits de conceptions extraordinaires sont courants chez les Grecs, les Égyptiens, de même que chez les Juifs. Une grande personne ne peut qu’avoir eu une grande conception. De plus, les récits de ces naissances extraordinaires ne peuvent qu’avoir été composés qu’après la mort des héros. C’est le cas pour Jésus.
Aujourd’hui, c’est l’occasion de découvrir que Joseph a aussi vécu son annonciation. En ce 4e dimanche de l’Avent, je me réjouis que l’Annonciation soit devenue une expérience de couple. Comment accueillons-nous l’enfant issu du couple Marie et Joseph et qui a le nom de « Dieu-avec-nous » ?