Lorsqu’Il y a une dizaine de jours, en vue de la préparation de ce dimanche, j’ai parcouru la première lecture que nous venons d’entendre, « Le loup habitera avec l’agneau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne », ça m’a fait un bien immense. En ces temps troublés, enfin une parole de paix et de confiance!
Ce texte d’Isaïe est une formidable utopie. C’est une histoire de rêveur, diront certains : « Il n’y aura plus de mal, ni de corruption. » Quelle imagination débordante ça demande d’énoncer une telle parole. Mais à y regarder de plus près, je me rends compte que Dieu lui-même rêve de cette façon : aux premiers jours du monde, il avait créé quelque chose de semblable. Le ciel, la terre et tout ce qui y vivait ne témoignaient-ils pas de la même communion et fraternité universelles?
Même si cette beauté du monde n’est jamais parvenue à son plein épanouissement, la réalité crue et dure s’étant imposée, Dieu ne s’est pas découragé. Il s’est accroché à son rêve au point de nous envoyer son Fils Jésus, témoin par excellence de la communion universelle. Dans la seconde lecture qui nous a été lue ce midi, Paul fait ressortir que c’est à toute l’humanité que Dieu s’adresse encore aujourd’hui, autant aux Juifs à qui Yahvé avait fait une promesse particulière qu’à toute l’humanité à qui il offre sa miséricorde. C’est ce rêve que nous sommes invités à faire nôtre aujourd’hui, c’est cette espérance que nous croyons encore possible en cette période de l’Avent qui se caractérise par l’attente.
Dans l’évangile d’aujourd’hui, on voit des hommes qui se présentent pour se faire baptiser par Jean le Baptiste. Mais c’est plus pour le spectacle qu’ils sont venus; en effet, ces hommes n’ont plus d’attente. Ces pharisiens et ces saducéens ont tout réussi ; ils ont trouvé leur dieu et ils le contrôlent selon leurs désirs. Et davantage encore, le dieu qu’ils ont trouvé, ils l’imposent aux autres. D’où la colère de Jean le Baptiste à leur égard.
Pour Jean le Baptiste, on ne possède pas Dieu comme le prétendent les personnes qui font savoir aux autres qu’elles savent qui est Dieu et comment il faut se comporter pour lui plaire. Au contraire, affirme le Prophète, la qualité d’enfants de Dieu se fait voir dans la qualité des fruits que chacun, chacune porte. Le temps nouveau que nous portons ne vient pas de nos discours affirmant que nous, nous avons le vrai bon Dieu. Ce temps nouveau, il se manifeste dans la qualité de nos actions favorisant le fleurissement d’un monde allant au-delà de nos attentes, grâce à nos engagements, nos relations et notre manière de vivre le quotidien. Voilà ce qu’est être baptisé dans l’Esprit et le feu.
Les temps sont durs. Préparons un temps nouveau.