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Communauté chrétienne St-Albert le Grand





Le premier dimanche de l'Avent

Veillez, le Seigneur vient

30 novembre 2025

Mt 24, 37-44

Raymond Latour

   Temps long, temps court. La liturgie de ce premier dimanche de l’Avent nous assure ou nous rassure, ou nous inquiète : « Le Seigneur vient », avec la consigne qui lui est accolée : « Veillez ! » Ce qui nous a donné le thème de notre célébration : « Veillez, le Seigneur vient! ». À entendre les lectures proposées, c’est imminent, peut-être pour aujourd’hui. Mais c’est le cas depuis plus de 2000 ans ! Le calcul des probabilités nous dit que ce n’est pas pour demain, mais sait-on jamais ? Malgré le passage du temps, la venue du Christ dans la gloire n’en est pas moins certaine.
      Notre époque tente de son mieux de s’immuniser contre l’attente. Vous pouvez maintenant suivre vos colis à la trace, connaître les horaires des transports à la minute et éviter de patienter dans les embouteillages grâce à votre navigateur. Nous disposons aussi d’outils très performants qui répondent à nos demandes dans l’instant.    
      Nous entrons dans le temps de l’Avent, un temps que l’on qualifie de « préparation » à la célébration de la fête de Noël. Voilà un rendez-vous fixe sur lequel nous nous alignons : nous devrions arriver à temps à Noël. Les enfants qui ont hâte à cette fête suivront la progression des jours avec leur calendrier de l’Avent.       
Mais cette saison liturgique nous projette aussi vers un futur, un événement à venir, celui du retour du Christ dans la gloire, ce « Jour du Seigneur » dont personne ne connaît la date. Il ne faudrait pas être pris au dépourvu. D’où cette recommandation : « Veillez ». L’évangile insiste : « Vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient ». Il y a des dispositions à prendre en conséquence.      
      Négativement, l’Évangile nous recommande de ne pas nous engloutir, nous engourdir, dans le quotidien, sans ouverture, sans fenêtre sur cet horizon que Dieu déploie pour nous. Ce Jour attendu exige de nous un certain déploiement de mesures pour se « tenir prêts ». De la même façon que nous nous prémunissons contre l’intrusion de voleur pouvant survenir à tout moment, nous sommes conviés à avoir cette vigilance pour l’Événement décisif vers lequel notre foi et notre espérance sont tendus. Nous ne pouvons toutefois pas être en état d’alerte perpétuel. La parabole du voleur nous invite à être toujours sur nos gardes, mais c’est d’une garde du cœur dont il s’agit.
      Veillez dans l’attente d’un retour. Cela suppose que ce retour soit désiré, souhaité. Est-ce bien le cas ? L’Avent devrait nous faire soupirer vers le plein accomplissement de toutes les promesses de Dieu, vers la réalisation de son règne pour lequel nous disions vouloir nous engager. C’était la semaine dernière, fête du Christ-Roi.       
La conscience de ce rendez-vous à ne pas rater, c’est dans notre vie présente, quotidienne, que nous l’affirmons. C’est ici et maintenant que se joue notre avenir. Et aussi la qualité de notre vie de foi. Dans sa Lettre aux Romains, saint Paul nous invite en quelque sorte à faire « comme si », à mettre nos horloges à l’heure : « C’est le moment », « l’heure est venue », annonce-t-il, pour aussitôt préciser en quoi consiste ce moment, cette heure. Pour reprendre son image, nous sommes toujours dans la nuit, mais le jour est tout proche, voilà pourquoi l’Apôtre nous invite à revêtir les armes de lumière, à nous conduire comme en plein jour. L’événement encore à venir influence notre présent, l’illumine déjà. C’est ce que nous avons manifesté en allumant la première bougie à notre couronne de l’Avent.     
Le prophète Isaïe, le prophète de l’Avent, nous projette dans « les derniers jours », qui n’ont rien à voir avec les catastrophes reliées habituellement aux récits apocalyptiques. Il nous fait part de sa vision universaliste d’un monde où règne la paix, où les instruments de guerre seront transformés pour servir à la prospérité du peuple. Au temps d’Isaïe, comme aujourd’hui, cette paix paraissait sans doute bien lointaine.   
Encore une fois, cet horizon vers lequel nous tendons nous ramène à notre désir profond et nous appelle à faire advenir dès maintenant ces réalités auxquelles nous aspirons, pour nous, pour l’humanité entière. Nous rêvons de paix : faisons la paix ! Tout au long de l’Avent, nous sommes invités à laisser ces percées de lumière traverser les ténèbres de notre cœur aussi bien que celle du monde dans lequel nous vivons. Le futur, c’est maintenant qu’il commence ! Avec nous, Dieu veut le faire advenir !