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Communauté chrétienne St-Albert le Grand




 

 


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Le Christ-Roi

20 novembre 2022

Prendre cette route dans notre vie

Luc 23, 35-43

Hubert Doucet

Vos me permettrez d’abord de dire quelques mots sur l’origine de la fête du Christ Roi que nous célébrons aujourd’hui. Dans la longue vie de l’Église catholique, cette solennité est toute récente. Le pape Pie XI l’institua en 1925, il y a donc presque 100 ans. Il voulait rappeler au monde entier que le Christ est l’unique roi de l’univers. Seule cette reconnaissance pouvait faire contrepoids à la situation culturelle et politique du monde moderne. Dans ces années-là, au nom d’idéologies totalitaires et antireligieuses, des dictateurs imposaient leur contrôle absolu sur leur peuple. On pense ici principalement à Mussolini en Italie, Lénine et Staline en Russie, et Hitler qui s’efforçait alors de prendre le pouvoir en Allemagne : fascisme, communisme, nazisme. Dans les années 1920, la violence du pouvoir au nom du bien du peuple s’imposait presque partout en Europe.         
Si certaines idéologies modernes ont imposé leur domination avec grande brutalité, n’oublions pas que tout au long de l’histoire, la violence a été un mode régulier d’exercice du pouvoir, même en régime chrétien. L’histoire des pensionnats autochtones en est un triste exemple.
100 ans après l’institution de la fête du Christ Roi, comment réalisons-nous le royaume de Jésus? Voilà la question qui m’habite aujourd’hui.    
L’évangéliste Luc a une manière bien particulière de nous présenter le royaume dont témoigne Jésus. À lire son évangile, on garde de Jésus l’image de quelqu’un qui vit au milieu du peuple et se montre attentif aux moindres fragilités qui peuvent accabler les gens. L’avenir peut alors s’ouvrir aux exclus, aux malades, aux sans voix. Son royaume se présente comme un monde de générosité et de paix. L’espérance est enfin devenue possible : le monde peut être réinventé.      
Aujourd’hui, dans ce passage de l’évangile que nous venons d’écouter, Luc nous dévoile la dynamique du règne de Jésus. Comme le sont les rois, Jésus est sans doute élevé, mais sur une croix, comme le sont les malfaiteurs. C’est pourquoi on peut le narguer à souhait et ricaner amplement à son propos. Sa situation est devenue totalement dérisoire. Il est plaisant de s’en moquer comme on se moque du clown « qui se casse tout le temps la figure, celui qui reçoit des coups de pied dans le derrière, les tartes à la crème et les seaux d’eau, celui qui fait rire », comme le dit un commentateur à propos de cet épisode de la mort de Jésus.   
Et pourtant, jusqu’à la toute fin et au-delà, le crucifié continue de partager. Ici, il partage la détresse et la souffrance de ce compagnon de supplice qui se tourne vers lui de manière tout à fait inattendue. La demande du larron est minimale, elle n’engage pas beaucoup : « Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » J’interprète ainsi la demande du larron : « Que quelqu’un de bien pense à moi alors que je serai seul et perdu, ce sera consolant. Ça me fera du bien. »  À la demande, la réponse est inattendue : « Tu es avec moi, je suis avec toi, ensemble nous serons à jamais. » En effet, Jésus ne lui répond pas, ce qui serait déjà bien « Je t’accueillerai dans mon royaume », mais « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »   
Luc est le seul des quatre évangélistes à utiliser le mot paradis et il ne le fait qu’une fois. On se serait attendu qu’il utilise plutôt le mot Royaume. En utilisant le mot paradis pour parler de son royaume, il nous renvoie au projet originel de Yahvé faisant naître le paradis, ce monde beau, pacifié parce que tout y est amitié et fraternité, là où le loup habite avec l'agneau et la panthère se couche avec le chevreau, selon le texte du prophète Isaïe. Le paradis de Jésus n’est pas le paradis terrestre, mais l’amour réalisé. En s’inspirant cependant de la saveur du paradis terrestre, on perçoit cependant ce qui anime Dieu. Saint François d’Assise l’avait bien compris lui qui se sentait frère du soleil, de la mer et du vent, qui semait la paix et côtoyait les pauvres, les abandonnés, les malades, les marginalisés, les derniers.  
Règne, royaume, roi, trois mots qui renvoient à l’exercice du pouvoir souverain. Dans la conversation qu’il a avec le larron, Jésus ne met pas en doute cette réalité de son être, mais affirme que la mort qu’il vit à ce moment vise fondamentalement à aller vers le paradis, i.e. l’amitié, la fraternité et la sororité. Nous rêvons du Royaume de Dieu, alors je nous invite à rêver du sens qu’il a pour Jésus et à prendre cette route dans notre vie.