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Communauté chrétienne St-Albert le Grand




 

 


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30e Dimanche du Temps Ordinaire

23 octobre 2022

L'Évangile ne se résume pas à des préceptes 

Luc (18, 9-14) 

Ben Sira (35, 15b-17.20-22a)

Paul à Timothée (4, 6-8.16-18)

Hubert Doucet

Tout au cours de l’été, l’évangile de Luc a nourri nos différentes assemblées dominicales et le fera pour encore quelques semaines. Pour moi, c’est peut-être la première fois que j’ai ressenti toute la pertinence de cette continuité. Pour la petite communauté chrétienne de Saint-Anicet dans le Haut Saint-Laurent où je passe l’été, ce fut l’occasion de découvrir comment saint Luc et les communautés chrétiennes pour lesquelles il écrivait vivaient des situations apparentées aux nôtres. La reprise de cet auteur à chaque semaine a favorisé un réel cheminement spirituel.    
Luc est proche de nous en ce qu’il n’a pas connu Jésus de son vivant. Il l’a découvert alors que Jésus le ressuscité était déjà parti. Tous ses adeptes ont cependant une grande confiance à sa prochaine réapparition. Le retard du retour entraîne bien des déceptions et oblige à privilégier des comportements qui donnent sens à cette longue attente. De plus, le contexte dans lequel vit Luc n’est pas le monde religieux d’Israël, mais celui du monde païen étonné de l’arrivée de cette religion nouvelle autour de la Méditerranée, sans compter les Juifs de la diaspora choqués de la présence de cette secte qui leur paraît particulièrement offensante. Les chrétiens et chrétiennes pour qui Luc écrit vivent dans un monde qui ne leur rend pas facile l’engagement de la foi. L’évangéliste sent le besoin de les soutenir dans leur cheminement : comment poursuivre l’Esprit de Jésus dans cette région du monde et à ce moment-là de l’histoire?
Cette question, elle est encore la nôtre : comment bien agir? Certains se sentent obligés d’agir de manière parfaite, de se comporter de la façon la plus appliquée possible. L’important est de garder la tradition au plus près de la lettre, de manière à rester fidèles à la foi et atteindre la perfection. Le pharisien de l’évangile de ce matin résume cette vision, l’amplifie même. Il diffère de l’image que nous nous faisons habituellement du pharisien : quelqu’un qui, au nom de la religion, impose aux autres de lourds fardeaux moraux. Dans l’épisode d’aujourd’hui, c’est à lui-même qu’il se commande des règles, qu’il se décrète des prescriptions; il peut ainsi se déclarer juste et s’admirer comme un messager de Dieu. Les exigences qu’il s’impose le canonisent à ses propres yeux.  
Comment ce pharisien en est-il arrivé à cette prétention singulièrement orgueilleuse? S’il y est parvenu, ce n’est pas parce qu’il était mauvais au départ. Je me l’image plutôt comme quelqu’un qui visait à bien répondre à l’appel de Dieu, mais la perfection qu’il ambitionne l’a, en quelque sorte, conduit à se rétrécir le cœur. Ne s’y retrouve aucune communion avec l’humanité puisque, selon ses propres mots, il n’est pas comme les autres hommes. Seul comptent les préceptes : verser le dixième de tout ce qu’il gagne et jeûner deux fois la semaine. Il y trouve son bonheur.   
À l’inverse du pharisien, on ne sait rien du publicain, ni en bien ni en mal. On constate qu’il ne se met pas en avant et qu’il a conscience de ses faiblesses. Il a particulièrement besoin de soutien et prie pour l’obtenir : « Mon Dieu, montre-toi favorable ». C’est dans l’altérité qu’il peut expérimenter la vie et le salut. En se reconnaissant pécheur, il exprime un appel à sortir de lui-même et à se tourner vers l’autre pour l’aimer et le servir. Il ne le peut seul; il a besoin de Dieu et du prochain.    
Pour reprendre un langage largement utilisé dans les spiritualités contemporaines et présent dans le langage du pape François, ce publicain prie Dieu de le sortir de son confort pour qu’il ait le courage de rejoindre toutes les périphéries et ainsi communier avec elles comme l’a fait Jésus tout au cours de sa vie.   
La parole suivante du pape François m’a beaucoup rejoint : « Demandons-nous si, dans l'Église, nous partons de Dieu, de son regard d'amour sur nous. Il y a toujours la tentation de partir de soi plutôt que de Dieu, de faire passer nos agendas avant l'Évangile, de nous laisser emporter par le vent de la mondanité pour suivre les modes du temps, ou de refuser le temps que la Providence nous donne pour opérer un demi-tour ». Le publicain n’est-il pas en train d’accomplir ce demi-tour?