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Communauté chrétienne St-Albert le Grand





 

Homélie du 26e Dimanche du Temps Ordinaire

25 septembre 2022

 

Martin Lavoie

 Lc 16, 19-31  

 

Lors de notre rencontre pour la préparation de cette célébration, les quatre membres de l’équipe de liturgie, nous avons eu beaucoup de difficulté à trouver un thème, ce que nous appelons le fil conducteur, nous permettant de faire un lien entre les lectures. Finalement, faute de mieux et, il faut bien l’avouer, sans trop d’enthousiasme, nous avons retenu le thème suivant : Rester ouvert; le cheminement d’une vie?        
La journée même de notre réunion, je me suis mis au travail, toujours sans trop d’enthousiasme, et j’ai relu les dizaines de pages de notes de travail que j’avais déjà préparées pour m’aider à écrire mon homélie. J’étais toujours dans le brouillard et sans MON fil conducteur de sorte que plus le temps passait, plus grande était mon angoisse devant la page blanche. Que faire pour calmer mon anxiété ? Je suis retourné à mon ordinateur et j’ai écrit des mots clés dans l’espérance de trouver un élément déclencheur qui va me donner l’étincelle nécessaire pour me mettre à écrire cette homélie.         
Imaginez-vous que c’est en lisant une prière publiée sur le site de l’émission La Victoire de l’Amour que j’ai trouvé ce que je cherchais.      
Le thème de notre célébration aurait pu être : Si j’avais su…        
Si j’avais su que ce serait la dernière fois que je te verrais t’endormir, je t’aurais embrassé du plus fort que je pouvais. Si j’avais su que ce serait la dernière fois que je te voyais franchir la porte, je t’aurais serré très fort contre moi. Si cet homme riche, vêtu de pourpre et de lin et qui faisait chaque jour des festins, avait su qu’en ignorant le pauvre Lazare qui gisait devant sa porte, s’il avait su qu’il allait être en proie à la torture lors de sa mort, s’il avait su tout cela, il aurait, durant sa vie, écouté Moïse et les prophètes pour qu’en mourant, comme ce fut le cas pour Lazare, les anges l’emportent auprès d’Abraham.         
Si j’avais su! S’il avait su… il n’aurait probablement pas changé son style de vie, mais il aurait vécu autrement sa vie. S’il avait su, il aurait eu sur Lazare un tout autre regard, celui de la compassion. S’il avait su, il aurait laissé Lazare se nourrir non pas des miettes qui tombaient de la table, mais il l’aurait invité à s’asseoir à sa table avec les autres convives. S’il avait su, il aurait, de son vivant, demandé à ses frères de non seulement écouter mais de mettre en pratique la Loi et les prophètes.
Ce que Jésus décrit dans cette parabole, ce sont des mondes clos, des univers fermés, séparés par des abîmes. Tous les ponts sont coupés. Ce qui sépare le riche et Lazare avant la mort, ce ne sont qu’un portail, une porte et un mur. Ce ne sont que quelques mètres, une distance pourtant facile à franchir, mais jamais franchie. Et après la mort, cet homme riche et Lazare se voient et peuvent se parler mais un grand abîme a été établi entre eux. S’il avait su…   
Le problème, ce n’est pas que l’un soit riche et l’autre pauvre mais l’absence totale de relation entre cet homme, le riche, et Lazare, le pauvre. En fait, il ne s’agit ni pour cet homme riche, ni pour Lazare de changer de place mais plutôt de changer de relation, de nouer entre eux une relation faite de solidarité et d’entraide pour avancer ensemble dans la vie.           
Si j’avais su… Cette phrase, des migrants et des réfugiés l’ont parfois prononcée, et non sans raison, allant jusqu’à se demander si ce long voyage au péril de leur vie en valait vraiment la peine. Certains ont été obligés de manger beaucoup des miettes tombées de la table de leurs hôtes par défaut avant de pouvoir trouver une table où s’asseoir et manger.
Nous célébrons aujourd’hui, la 108e journée mondiale du migrant et du réfugié. Un peu comme ce riche qui, avec le temps, a cessé de voir le pauvre Lazare qui gisait sur le seuil de sa maison, nous ne percevons peut-être plus cette situation des migrants et des réfugiés comme une urgence et une blessure profonde de notre humanité.           
Nous avons appris ‘’à vivre avec’’! L’urgence n’est plus là. Tous ces drames qui nous ont tant émus sont devenus un fait divers parmi d’autres.     
Nous sommes tous et toutes d’accord sur le fait qu’il est essentiel que le politique s’empare de ces drames mais en même temps, à force de tout politiser, nous en venons à oublier que ces hommes, ces femmes, ces enfants, font partie du ‘’nous’’ de la grande famille humaine, de la grande famille de Dieu, notre famille. Comme nous y invite le pape François, nous, les chrétiens et les chrétiennes, nous sommes appelés à « construire un avenir qui corresponde davantage au projet de Dieu », à bâtir un monde plus juste et fraternel, en mettant au centre « tous les habitants de nos périphéries existentielles ».   
Il serait dommage qu’après notre mort, lors de notre face à face avec le Seigneur, nous n’ayons rien d’autre à lui dire que : Ah Seigneur, si j’avais su…