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Communauté chrétienne St-Albert le Grand





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L'Épiphanie (C)

2 janvier 2022

«  Tous en marche vers la lumière  »

Isaïe 60, 1-6

Matthieu (2, 1-12)

Yvon Pomerleau

Noël 1997, je me trouvais à Taiwan comme promoteur général de la famille dominicaine. C’est là que j’ai vécu, dans un village situé dans le sud de l’île, l’un des Noëls les plus beaux, les plus colorés de ma vie. C’était à Wan-Chin, où les dominicains espagnols ont implanté le christianisme il y a plus d’une centaine d’années. Dans un pays où les catholiques représentent environ 1% de la population, le village de Wan-Chin est en majorité catholique. La fête de Noël est pour les habitants la grande fête de l’année. Voici quelques souvenirs que je garde de cette nuit mystérieuse où les mages tenaient une grande place. 
La rue principale du village est illuminée par des rubans d’ampoules de différentes couleurs. Un montage lumineux est installé sur une camionnette représentant l’adoration des rois, avec une étoile au-dessus d’eux. De nombreuses crèches illuminées sont montées dans les rues du village, devant chaque boutique, chaque maison. En après-midi, des mages accompagnés d’autres enfants, visitent les maisons. Avec des chants, ils présentent l’enfant Jésus à baiser et ils récoltent en contrepartie des aumônes. Plus tard, en soirée, c’est la grande procession à travers les rues du village. Devant l’église paroissiale, il y a d’abord la présentation des trois rois à la foule. Puis, un chariot tiré par un buffle d’eau, transporte ces mages. Le curé de la paroisse, accompagné du visiteur occasionnel que je suis, marche derrière le chariot des mages. La procession se dirige vers une crèche vivante, où se trouvent Marie, Joseph et l’Enfant. Ceux-ci sont invités à prendre la place des mages dans le chariot pour le retour à l’église et les mages suivent derrière. Pendant la célébration de la messe de Noël, dans une église comble, pleine de lumière, l’évangile de la nativité est « joué » par les enfants et on y voit les mages venir offrir leurs cadeaux, l’or, l’encens et la myrrhe à l’enfant Jésus.
      
Tout cela, c’est bien beau, me direz-vous, mais c’est de la légende, du folklore, au mieux de la religion populaire. Eh bien, oui, je suis bien forcé de l’admettre mais est-ce que le folklore ne serait pas d’une certaine manière une expression de la foi? La foi n’aurait-elle pas besoin de quitter l’univers rationnel pour se manifester dans l’imaginaire? Si le folklore lié à la fête de Noël est si développé et encore présent dans notre vie laïcisée, c’est peut-être que cette fête nous rejoint au profond de notre vie. Les mages ont encore quelque chose à nous dire aujourd’hui. Je me contenterai ce matin d’évoquer trois symboles liés aux mages dans le cadre du mystère de Noël. En ce temps de pandémie, le premier symbole est demeuré très présent : c’est celui de la lumière. Un deuxième symbole a dû se plier fort aux contraintes : c’est celui de la visite et enfin le troisième, celui du cadeau, s’est souvent fait en recourant au virtuel.
      
Le temps des fêtes est sous le signe de la lumière. Nos décorations de Noël sont faites de rubans de lumière. Dans l’évangile d’aujourd’hui, l’astre lumineux guide les mages dans leur marche vers l’Enfant Jésus.  « Voici que l’astre, qu’ils avaient vu à son lever, les précédait jusqu’à ce qu’il vint s’arrêter au-dessus de l’endroit où était l’enfant. A la vue de l’astre ils se réjouirent d’une très grande joie. » Jésus lui-même se présentera plus tard comme la « lumière, la vérité et la vie » et il invitera ses disciples à devenir « lumière du monde ». Chacun de nous dans sa vie a besoin d’un astre lumineux pour le guider dans sa quête de sens. Réjouissons-nous comme les mages chaque fois que nous voyons la lumière paraître à l’horizon de nos vies! Au bout du long tunnel de la pandémie, nous espérons tous voir un espace rempli de lumière.
La visite des parents et des amis fait partie de la joie des fêtes. Dans le respect des contraintes liées à la pandémie, nous avons pu peut-être accueillir quelques proches ou nous rendre chez eux. Mais rien de comparable à ce dont nous aurions rêvé. La page d’évangile de ce matin nous montre des mages en route, pour faire une visite. « Des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem ». Après une pause auprès du roi Hérode, « ils se mirent en route » de nouveau pour rejoindre l’enfant Jésus. L’évangile, la bonne nouvelle, pour tout chrétien, est une invitation à prendre la route sur les pas de Jésus. Jésus invitera chacun de ses disciples par ses paroles : « viens et suis-moi ». N’hésitons pas à aller de l’avant, à cheminer sans regarder en arrière mais en poursuivant notre recherche d’un monde meilleur!  
Enfin le temps des fêtes, c’est celui des cadeaux, de l’offrande de vœux, qui sont une forme de cadeaux. Chez nous, au Québec, c’est le jour même de Noël où se fait la distribution des cadeaux. Quand j’étais plus jeune, je me souviens que c’est le jour de l’an qui était retenu pour cet échange de cadeaux.  Il y a des pays aujourd’hui, comme l’Espagne et l’Allemagne, où les mages interviennent pour la distribution des cadeaux. L’évangile d’aujourd’hui se termine par l’offrande de cadeaux à l’Enfant Jésus.  C’est comme si la longue marche des mages avait pour but cette offrande de l’or, de l’encens et de la myrrhe. « Nous avons vu son astre et nous sommes venus lui rendre hommage ». Toute notre vie peut être lue sous cet angle du cadeau, le don reçu et le don partagé.  Saint Paul dira que tout dans la vie est grâce. Savons-nous accueillir ce qui fait notre quotidien, ce que nous sommes, comme un don de Dieu et lui en rendre grâce? En retour, partager nos talents et en faire don aux autres est une réponse à la grande exigence de l’amour et du pardon.     
      
Bonne fête des Rois! Bonne et heureuse année avec comme cadeau beaucoup de soleil et de visites! C’est le vœu que je formule pour vous tous. Que le Seigneur vous comble de ses bénédictions!