Bandeau de la communauté


 

La communauté Saint-Albert-le-Grand

Quelques rappels historiques

Guy Lapointe

Certaines personnes qui ont rejoint récemment la communauté chrétienne St-Albert m’ont demandé de rappeler quelques lignes de l’histoire de notre communauté. Je suis spontanément allé voir sur le site web de la communauté pour y trouver des notes historiques. J’ai relu le texte de Jean Duhaime et de Monique Morval qui traçait justement les grandes lignes de l’histoire de la communauté. Je n’inventerai rien, je me suis inspiré de ce texte.    

Guy LapointeLors de l’ouverture des fêtes de son 50e anniversaire, l’institut de pastorale des Dominicains a décerné un doctorat honorifique au P. Claude Geffré, dominicain et éminent théologien, surveillé de près par les autorités romaines. Dans son discours d’acceptation et de remerciement, Claude Geffré a fait cette réflexion que je cite : « En ce début du troisième millénaire, nous sommes parfois saisis d’inquiétude en constatant, dans les vieilles chrétientés d’Europe et du Québec, l’affaissement quantitatif et qualitatif d’un certain catholicisme officiel. Mais avec d’autres théologiens et sociologues, je crois profondément, en vertu même de la crise que nous traversons, à une recomposition du christianisme... » Puis il ajouta : « Il faut tout faire pour assurer le relais de la mémoire chrétienne à la fois sous le signe des contenus croyables et de pratiques signifiantes » (L’Essentief, Essentials, vol. 7, n.1, printemps 2011, p.12). Claude Geffé exprime bien le défi de notre communauté chrétienne depuis ses premières heures : travailler à faire en sorte que les contenus de la foi soient pertinents et croyables, et mettre en œuvre des pratiques liturgiques signifiantes, en particulier lors de nos célébrations dominicales. L’objectif de ce travail est de donner sens à une assemblée qui se prolonge et se continue dans une dynamique de communauté chrétienne. Mais la question reste toujours présente : comment assurer le relais de la mémoire chrétienne à même le sens que nous donnons à nos célébrations liturgiques dominicales et à leur mise en œuvre symbolique? C’est la problématique que nous portons depuis les débuts, et surtout depuis 40 ans, alors que l’Archevêque de Montréal a reconnu cette communauté, en juin 1971. Je pense que notre communauté est toujours en chantier, tant dans la mise en œuvre de liturgies signifiantes que dans la création de réseaux d’entraide et de réflexion.   

Pendant douze ans, j‘ai été prêtre-répondant de la communauté chrétienne St-Albert-le-Grand de Montréal. Chaque dimanche, nous sommes autour de 200 à 250 personnes, à nous rassembler. À mi-chemin entre la communauté de base (dont on ne parle plus) et la paroisse traditionnelle, la communauté chrétienne St-Albert-le-Grand propose un modèle original, qui, à la fois, inquiète et attire. C’est une communauté dans laquelle « les laïques ont tout à dire ». J’en dégage cinq lignes de fond.   

1. Depuis 1960, année de l’ouverture du Couvent St-Albert-le-Grand, la communauté chrétienne était déjà en gestation. Elle est née, il y a plus de 40 ans, de la prise de conscience que l’assemblée eucharistique dominicale était le sujet de la liturgie. À cette époque, plusieurs personnes fréquentaient assidûment la messe dominicale à l’église conventuelle des Dominicains. On venait « assister à la messe » des Dominicains. Même si la liturgie des Dominicains leur apportait beaucoup, ces chrétiens et chrétiennes du dimanche ont été amenés petit à petit, à même la dynamique de Vatican II, articulée en particulier à l’Institut de pastorale, à se regrouper et à former une véritable communauté chrétienne de plus en plus autonome en regard de celle des Dominicains. Cette communauté célébrante est donc issue des besoins de ses membres qui désiraient s’impliquer davantage comme sujets et moins comme « spectateurs » dans la mise en œuvre de la liturgie. En 1971, elle a obtenu officiellement le statut de paroisse non territoriale.     

2. La communauté chrétienne St-Albert-le-Grand, toujours liée aux Dominicains, est la seule communauté non territoriale dans le diocèse de Montréal et reconnue comme telle. Mais la remarque qui revient le plus souvent c’est pour dire : « vous autres, vous êtes une communauté d’intellectuels, entendez une assemblée fermée ». Bien sûr, géographiquement, nous sommes à deux pas de l’Université. J’ai toujours le goût de dire : venez voir et vous remarquerez que ce n’est pas tout à fait juste. Des personnes viennent de partout dans le Grand Montréal et même de la banlieue, et elles reviennent parce qu’elles y trouvent d’abord une assemblée qui fait sens.

Une de mes plus heureuses initiatives, c’est d’avoir réussi à ce que les participants/es, quand ils entrent dans l’Église, se saluent et se parlent… échangent, développent un esprit, une sociabilité chrétienne. Pour l’assemblée qui se constitue, la célébration est déjà commencée et peu à peu, avec la pratique de chants, une pièce d’orgue, un climat de recueillement, d’intériorisation se crée. Ce sont des membres d’une assemblée qui se retrouvent autour de la Parole et de la Table eucharistique.   

3. Cette communauté se veut ouverte aux besoins de ses membres qui désirent, en plus de la célébration liturgique dominicale, réfléchir et s’engager auprès de certains groupes sociaux. Il se vit une grande activité de réflexion et d’action entre les dimanches. On est de plus en plus préoccupés entre nous de la vie de la communauté chrétienne St-Albert « entre les dimanches », convaincus de l’importance première et du dynamisme de l’assemblée liturgique. Il y a des groupes d’aide-partage, de réflexion sur la Parole, un « café du sage », surtout pour les personnes âgées, groupes de jeunes, etc…         

4. Nous faisons un effort, jamais terminé, d’une participation active non seulement dans l’Assemblée, mais aussi dans la préparation et la structure même de nos célébrations : préparation en équipe liturgique, dix jours avant chaque célébration eucharistique dominicale, sorte de laboratoire liturgique. Le travail d’équipe et de préparation à la liturgie dominicale se divise en deux temps : lecture des textes bibliques proposés pour ce dimanche et temps de réflexion commune. Ensuite, mise en formulaire du déroulement de la célébration et tâches assignées à chacun et à chacune. Nous accordons une grande importance aux choix des chants, à la qualité de la proclamation de la Parole et des lectures que nous retenons. Nous travaillons à ce que la célébration se vive à même un espace poétique dans l’aménagement des moments de silence — oui, silence, apprendre à faire silence en commun — et à préparer des homélies significatives faites autant par des laïques que par des Dominicains. Cette assemblée dominicale a aussi ses limites.     

La participation à 1’organisation est fragile. Il y aura toujours des personnes qui assistent aux célébrations, mais sans plus. Cela est à respecter. Ce n’est pas la communauté eschatologique, loin de là, mais chacun et chacune y apportent ce qu’ils peuvent. Oui, je le répète, nous sommes toujours en chantier dans cette assemblée qui « nourrit » la communauté toujours dispersée. La liturgie s’inspire de la Tradition, mais la retravaille et l’interprète à même les textes poétiques, les chants et les silences.       

5. Une place très importante est accordée aux enfants et aux familles. Des membres de la communauté, ayant une formation catéchétique ou pastorale, assistée souvent des parents eux-mêmes, assurent la préparation sacramentelle des enfants. Chaque dimanche, les enfants ont leur moment de célébration de la Parole. Leur retour dans la grande assemblée est toujours attendu. Les animateurs/trices et les enfants rendent compte de leurs activités. Ce moment est parfois fascinant et d’une saine fraîcheur. J’imagine mal une catéchèse qui ne se vive pas dans une dimension liturgique. Il existe aussi un groupe d’adolescents qui se réunit, à fréquence irrégulière, dans une pièce attenante à l’église. Mais c’est un groupe qui reste bien vivant.     

Notre force : c’est que les personnes qui participent, dimanche après dimanche, se rendent compte qu’il est possible de célébrer avec intelligence en portant de bonnes interrogations sur la vie et sur la foi. C’est la qualité de l’assemblée, et c’est ce rassemblement dominical qui fait que la communauté toujours dispersée existe et vit. Ces participants/es repartent avec une expérience de foi qui porte de nouvelles questions et un horizon plus vaste, du moins je l’espère.   

Nos faiblesses : la difficulté de garder de l’intérêt pour la dimension institutionnelle de l’Église, surtout quand on songe à des documents romains comme l’instruction Universae Ecclesiae (30 avril dernier) sur l’usage de la liturgie romaine en vigueur en 1962. Plus près de nous, la difficulté de trouver des personnes pour travailler à ce que j’appelle le sous-terrain de la communauté, la régie, la mise en place : préparation de ceci ou cela, etc… mais on y arrive malgré tout.    

Je parlais de tradition. Oui je pense que notre communauté en chantier porte toujours en elle ce rappel de S.Justin, philosophe converti au christianisme et martyr et qui disait :   

« Les chrétiens sont ceux qui se rassemblent le dimanche pour célébrer l’eucharistie ». Ces propos de Justin, au 2e s., font état d’une pratique qui remonte à l’aube de la foi chrétienne. Les chrétiens sont invités à se rassembler autour du Ressuscité…      

La communauté chrétienne a connu bien des défis et elle y a fort bien répondu. Un autre défi nous attend, il faut avoir confiance et l’intelligence pour le relever. À nous tous de continuer le travail.

P.S. Ces propos ont été tenus lors de l’Assemblée générale du 29 mai 2011

Communauté chrétienne Saint-Albert-Le-Grand de Montréal