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Communauté chrétienne St-Albert le Grand





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23e Dimanche du Temps Ordinaire

8 septembre 2019

Sagesse 9,13-18   Philémon,9b-10.12-17   Luc 14, 25-33

 

Suivre Jésus : ensemble   

André Descôteaux 

        
Des paroles dures. Des paroles surprenantes. D’où vient cette exigence de rupture avec la famille? Le mot grec utilisé dans l’Évangile qu’on a traduit par « préférer » signifie littéralement « haïr ». N’est-ce pas la stratégie adoptée par les sectes : d’abord, couper les liens avec la famille, et, ensuite, haïr sa propre vie au profit de la cause? N’est-ce pas ainsi que le disciple perd toute sa liberté pour s’asservir à un gourou qui le mènera on ne sait où!    
        
André DescôteauxSi nous situons cet extrait dans la vie de Jésus, nous pouvons sans doute mieux le comprendre. Jésus monte vers Jérusalem. Il sait ce qui l’attend. Le disciple n’est pas plus grand que le maître. Si Jésus a dû faire des choix qui l’ont conduit à la croix, le disciple ne doit pas croire qu’il y échappera. N’est-ce pas d’ailleurs la situation des premiers chrétiens pour lesquels Luc écrit?   
        
Mais nous? Nous ne sommes pas dans un contexte de persécutions! Ces paroles, en ce dimanche de la rentrée, ont-elles un sens pour nous? Faut-il rapidement tourner la page et attendre l’Évangile de dimanche prochain qui, en fait, sera très beau, les paraboles de la miséricorde (la brebis perdue, la pièce de monnaie égarée et l’Enfant prodigue)? Et pourtant!   
        
Donnons quand même une petite chance au texte en regardant ce qu’a signifié suivre le Christ pour Philémon, cet ami de Paul auquel ce dernier écrit, et dont nous avons lu un extrait de la lettre (VOIR EN BAS DE PAGE) . Ils sont proches car c’est probablement grâce à Paul que Philémon est devenu chrétien. Paul emprisonné à Éphèse reçoit un visiteur inattendu : Onésime, esclave de Philémon, qui s’est enfui et qui lui a vraisemblablement volé un peu d’argent pour survivre dans sa fuite. Au contact de Paul, il découvre une libération bien plus grande et bien plus profonde au point de demander le baptême à Paul. Mais l’avenir? La situation est délicate. D’une part, s’il reste auprès de Paul, celui-ci devient son complice et met à mal son amitié avec Philémon. D’autre part, si Onésime est rattrapé, il risque des châtiments d’une extrême cruauté, allant jusqu’à la mort sur la croix. Que faire? La meilleure solution : rentrer chez Philémon, muni d’une lettre de Paul à son ami l’invitant à l’indulgence.    
        
Mais, dans cette lettre, Paul invite Philémon à bien plus que de l’indulgence. Il souhaite que Philémon affranchisse Onésime. Toutefois, Paul ne le lui ordonne pas alors qu’il aurait pu le faire. Au contraire, il souhaite « que tu accomplisses le bien, non par contrainte, mais volontiers ». Vous aurez remarqué la place de la liberté dans la lettre de Paul et dans le choix de suivre le Christ. En outre, la lettre ne vise pas uniquement la libération d’Onésime, mais celle de Philémon lui-même. Philémon, dans cette situation concrète, doit découvrir ce que signifie être disciple du Christ. Non seulement est-il invité à pardonner à Onésime, mais à aller plus loin en convertissant son regard et en voyant en Onésime un frère dans le Christ Jésus? « S’il a été éloigné de toi pendant quelque temps, c’est peut-être pour que tu le retrouves définitivement, non plus comme un esclave, mais, mieux qu’un esclave, comme un frère bien-aimé! » Car, par le baptême, comme le dit Paul, ayant revêtu le Christ, « il n’y a plus ni juif ni grec; il n’y a plus ni esclave ni homme livre, il n’y a plus l’homme et la femme; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus-Christ. » Tous sont frères et sœurs, membres du Corps du Christ.   
        
Pour Philémon, suivre le Christ n’est pas sans conséquence concrète, même dans ce que certains pourraient qualifier de fait divers. Il ne peut plus faire ce qui lui plaît, comme auparavant, mais il doit se laisser guider par l’Esprit même du Christ. Philémon est dans son droit s’il punit Onésime, mais, aux yeux de l’Évangile, il ne saurait en être question. Sa vie ne doit pas se conformer à la mentalité de son temps, qui accepte l’esclavage, mais se modeler sur l’Évangile, cette Bonne Nouvelle où tous et toutes sont fondamentalement égaux!        
        
La situation de Philémon nous aide ainsi à mieux comprendre notre Évangile. En effet, pour être un vrai disciple, il faut plus que marcher physiquement à la suite du Christ, comme les foules qui le suivaient, il faut accepter, comme Philémon, de se laisser instruire et bousculer par lui. Il faut que le Christ Jésus devienne le premier. Haïr ne signifie donc point avoir de la haine pour sa famille ou sa propre vie, mais la réorganiser en fonction du premier choix qui doit être le Christ Jésus lui-même.   
        
Jésus n’est pas qu’un petit frisson spirituel! Un léger surplus de sens, qui s’ajoute de l’extérieur à nos mondes déjà établis. Il n’est pas le crémage sur le gâteau de nos vies. Il en est le centre. L’Évangile nous confronte à une prétention qui, dans les faits, est inouïe : le Christ veut être au cœur de nos vies pour que son Esprit les transforme et pour que nous entrions en une profonde communion avec lui. Assoyons-nous donc, comme il nous le propose, et pensons-y bien. Car le suivre entraînera certainement un changement dans notre rapport à nos propres vies, à nos familles et amis ainsi qu’à nos biens! Si nous y mettons le bras, tout le corps risque d’y passer!        
        
Ainsi, en ce dimanche de la rentrée, entendons cet appel du Christ qui nous invite, dans la plus grande des libertés, à poursuivre notre marche à sa suite et à nous recentrer sur lui, conscients que toute notre vie est appelée à entrer dans la perspective de l’Évangile. Concrètement, ce matin, au début de notre célébration, nous nous sommes présentés. Nous avons pris conscience de notre heureuse diversité. Mais au-delà de nos différences, nous nous retrouvons comme des frères et des sœurs dans le Christ Jésus, membres d’un même corps. Suivre le Christ Jésus c’est, particulièrement, voir l’autre comme un frère et une sœur et former communauté où non seulement nous nous soutenons dans notre marche à sa suite mais où, ensemble, nous devenons également signe de sa présence et de la nouveauté de l’Évangile dans notre monde.
        
Sachons que le Christ nous accompagnera encore cette année comme il l’a toujours fait et que son Esprit nous aidera à lui être fidèles, nous la communauté de ses frères et de ses sœurs. Amen.       

Je ne puis que suggérer la lecture d’un ouvrage du fr. Adrien Candiard, dominicain, vivant au Caire, sur la liberté chrétienne à partir de la lettre de Paul à Philémon, intitulé justement À Philémon et publié aux Éditions du Cerf. Son ouvrage m’a particulièrement inspiré.