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Communauté chrétienne St-Albert le Grand





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6e Dimanche de Pâques (C)

26 mai 2019

« Accueillir dans la paix »

Jean 14, 23-29      Actes 15, 1-2.6-12            

Bruno Demers

 

Je vous donne ma paix, mais ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne.  

Cette phrase de l’Évangile m’a toujours paru intrigante. Quelle est donc cette paix que Jésus nous donne et qui se distingue de la paix que les humains et les nations cherchent à développer entre eux? Qu’est-ce que cette paix qui nous a été donnée apporte de plus par rapport aux efforts humains pour la faire advenir?                     
Bruno Demers
Pour nous aider à comprendre cette offre de Jésus, un événement attribuable à l’initiative de Jean Paul II est particulièrement éclairant. 1986 avait été décrétée par l’UNESCO une année internationale pour la paix. Jean Paul II s’est demandé ce qu’il pouvait faire pour contribuer à la promotion de la paix.            

Il a alors eu l’idée d’organiser une journée mondiale de prière pour la paix en invitant le plus de chefs religieux possible à Assise le 27 octobre 1986. En plus des membres des Églises chrétiennes 61 leaders d’autres religions se sont ainsi retrouvés afin d’être ensemble pour prier.                  

Déjà le simple fait de réunir des juifs, des chrétiens, des musulmans, des hindous et des bouddhistes pour une activité commune, était révolutionnaire et très parlante. Mais la véritable signification d’un tel événement est encore plus profonde : tous se sont rassemblés afin de prier, chacun selon sa tradition, pour la paix. Toutes les religions reconnaissent et affirment que la paix, en plus d’être le fruit d’efforts humains, est aussi un don. Qu’elle nous advient de plus grand que nous-mêmes, que ce soit d’un Dieu personnel, d’une force transcendante ou encore du mystère de la réalité.          

C’est à ça que Jésus fait référence quand il nous dit ce matin, que ce n’est pas à la manière du monde qu’il nous donne la paix. En effet, la première façon commune d’envisager la paix, c’est comme absence de guerre, absence de conflit. C’est déjà quelque chose mais c’est fragile : on en est arrivé à un compromis. On a trouvé un équilibre dans les rapports de force. Mais on sait aussi qu’à tout instant un événement peut se produire qui sera interprété comme un bris de l’entente et que les hostilités pourront surgir. La paix comme le résultat de négociations c’est déjà quelque chose, mais ce n’est pas satisfaisant. Il manque un aspect positif qui s’apparente à une véritable entente, une alliance respectueuse, une considération mutuelle. C’est ici que le témoignage des religions trouve toute sa valeur. Quand les croyants reconnaissent que la paix est un don déjà reçu, ils reconnaissent qu’elle a toujours à être offerte malgré nos propres infidélités quand nous ne respectons pas toujours nos engagements, malgré les hésitations ou les refus répétés de l’autre. Pour que la bonne entente règne entre des humains faillibles, il est nécessaire de faire appel à un surplus de bienveillance, à une logique du don qui l’emporte sur la réciprocité, à une logique de la surabondance qui l’emporte sur une stricte justice.          

 Si déjà la dimension religieuse ouvre sur une telle perspective, l’évangile d’aujourd’hui nous présente la source du don : l’habitation de Dieu en nous. Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. La demeure du Père n’est pas dans un ciel éloigné. Elle est plutôt dans le cœur même de celui qui croit. Ce n’est pas nous qui allons vers le Père. C’est le Père et le Fils qui viennent vers nous par l’Esprit Saint.                     

La paix qui nous est offerte est intérieure. Elle vient de celui qui a fait sa demeure en nous. C’est la joie et l’espérance que nous ne sommes pas seuls. C’est la paix de cette jeune juive Etty Hillesum qui, au milieu de l’horreur des camps nazis, avait trouvé la paix intérieure car elle avait laissé  « de la place à Dieu dans son cœur afin qu’il puisse exister dans ce monde de mort. » La paix véritable commence au niveau du cœur.       

La vie chrétienne, la marche à la suite de Jésus Christ, consiste d’abord à accueillir, à recevoir, à héberger un don qui nous précède. Il importe donc de cultiver en nous cette attitude de lâcher prise, d’accueil, de disponibilité pour l’amour, la joie et la paix qui viennent de Dieu. C’est ainsi que Dieu restaure en nous la capacité d’aimer, la capacité de contribuer aux efforts de paix aux plans individuel, social et même international. Parce que nous partons d’une paix positive donnée par Dieu lui-même.