CCSA






Communauté chrétienne St-Albert le Grand





Imprimer

Voir le déroulement de cette célébration

3e Dimanche de Pâques (C)

5 mai 2019

Reconnaître Jésus aujourd’hui

Jean 21, 1-19             Actes des Apôtres 5, 27b-32.40b-41

Bruno Demers

 

Nous n’avons rien pris, disent Pierre et les disciples. Nous avons travaillé toute la nuit, nous sommes fatigués. Tout cela, finalement, pour rien! Ces mots des disciples, nous pouvons les faire nôtres à plusieurs reprises nous aussi. Quand nous ne savons plus par quel bout commencer pour régler tel problème. Quand nous ne savons plus commentapprocher notre enfant pour lui faire comprendre quelque chose. Et nous pourrions donner plusieurs autresexemples encore. L’évangile d’aujourd’hui nous raconte Pierre aux prises avec une telle situation et le passage qui se produit chez lui.

 

Bruno DemersEn effet, dans ce récit d’apparition, nous voyons Pierre changer sa façon de croire. D’une foi très volontariste, il passe à une foi-réponse à la confiance que Jésus lui manifeste. Rappelons-nous : Nous sommes au lendemain de la résurrection. L’ambiance est plutôt bonne, porteuse. Pierre a plein d’idées. Il a toujours envie d’avancer. Et il y va « Je m’en vais à la pêche. » entraînant avec lui les autres. Il est enthousiaste et veut mettreà profit ses capacités et son expérience de pêcheur aguerri. Of, il va faire l’expérience d’une limite : Cette nuit-là, ils ne prirent rien. C’est la déception!  Les enfants, auriez-vous un peu de poisson? Catastrophe! Cet étranger sur la rive vient de mettre le doigt sur le bobo! Le pêcheur d’expérience n’a rien pris de toute la nuit. Il est confronté à ses failles, ses limites à lui comme les nôtres que nous taisons et cachons au fond de la poche. Or la figure de Pierre nous apprend ce matin que les limites, les failles, le péché, la fatigue, ce sont des endroits où Jésus désire se manifester et nous rejoindre. Il se présente à nous justement làoù nous ne sommes pas fiers de nous-mêmes. Et, comme avec Pierre, il veut transformer les limites en un lieu possible de rencontre avec lui.

 

Jetez le filet à droite de la barque et vous trouverez. Jésus, qui a rejoint Pierre dans sa faille, l’invite à la confiance. Alors que le pêcheur d’expérience aurait eu toutes les bonnes raisons de dire « non merci, on a déjà essayé », Pierre consent et accueille la parole de Jésus. Ils jetèrent donc le filet. Pierre qui a accepté de se laisser rejoindre dans ses limites, va oser recommencer, réessayer, et cette fois ils n’arrivaient pas à le tirer tellement il y avait de poissons. Là où, vous comme moi, quand nous avons été échaudés une fois, ne voulons pas risquer une deuxième fois, Pierre va se jeter à l’eau. Tant qu’il ne s’appuyait que sur ses propres forces, il connaissait la fatigue, l’épuisement, l’échec. Maintenant, il va accepter la parole d’un autre, la suggestion et l’idée d’un autre. Ce faisant, il va permettre à Jésus de manifester sa présence et d’ouvrir, dans sa vie et celle des autres avec lui, des avenirs qui étaient impossibles à envisager jusqu’alors. C’est le passage dans la foi que Pierre a vécu.

 

Ce passage d’une foi volontariste à une foi-confiance a aussi été possible par ce qui se dégage du dialogue entre Jésus et Pierre : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu?  Une question trois fois répétée, qui fait écho aux trois reniements de Pierre lors de la passion. On devine qu’au fur et à mesure de ce dialogue Pierre a dû prendre conscience que Jésus l’aimait et que, désormais, ce serait ça la force de sa vie. C’est là-dessus qu’il s’appuierait pour tenir et assumer ses responsabilités de pasteur.

 

Pierre n’est pas devenu le premier des apôtres grâce à ses compétences ou ses habiletés. Il a assumé cette fonction à cause de la force, de la grâce du Christ. Cette grâce qui s’est manifestée, ce jour-là comme souvent dans la vie de Pierre, au travers de ses limites. Et c’est à la fin de tout cela que Jésus lui dit : Suis-moi. Le « suis-moi » n’est pas au début de l’aventure. Il est à la fin de ce petit périple spirituel que Pierre vit avec Jésus.

 

Comment Pierre a-t-il reconnu Jésus dans l’apparition racontée ce matin? Comment reconnaissons-nous Jésus aujourd’hui? Au travers l’expérience de ses limites. Au travers l’expérience de nos faiblesses, de nos failles. D’une foi qui cherche toujours à faire quelque chose, nous sommes invités à passer à une foi-confiance. Dans ces lieux de nous-mêmes que nous ne maîtrisons pas, nous sommes conviés à des lâcher-prise et, en écho à la parole de l’Évangile, à jeter les filets de l’autre bord, à oser recommencer, réessayer. Le message de la résurrection nous rappelle que la vie est plus forte que la mort, que l’Esprit du Christ continue de travailler dans notre monde.