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8e Dimanche du Temps Ordinaire (C)

3 février 2019

Ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur.

Luc 6, 39-45

Sirac 24, 4-7

 

Bruno Demers

« Ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. »      
Oui, nous en faisons régulièrement l’expérience : quand un ami nous téléphone pour nous annoncer une bonne nouvelle ou quand un membre de notre famille nous partage un gros chagrin. Il semble bien qu’une des caractéristiques propres à l’être humain est sa capacité de parler. Si les animaux peuvent communiquer entre eux, l’être humain dispose d’un langage infiniment plus riche qui lui permet d’exprimer des pensées, des sentiments. Mais encore, il ne suffit pas d’avoir un langage développé.  Il importe d’accorder sa bouche Bruno Demersà son cœur. Comment développer et améliorer une véritable communication entre nous?           
On pourrait croire qu’à l’ère d’Internet, des réseaux sociaux, de Facebook, on a amélioré la communication entre nous. C’est s’en tenir à un constat bien superficiel! On échange beaucoup d’informations, oui, mais on ne communique pas vraiment. Sur les réseaux sociaux, je ne parle pas avec un frère, une sœur, un ami que je peux voir, sentir, toucher. Je clavarde! Je «like» ou je ne «like pas». J’ai peut-être des dizaines, des centaines d’amis sur Facebook, mais je ne les connais pas vraiment.  Les réseaux sociaux entretiennent une sorte d’illusion sur la communication entre nous.     
Il y a un autre risque avec l’information qui circule sur les réseaux sociaux : celui des fausses nouvelles, des «fake news» qui perturbe tellement la vie politique chez nos voisins du Sud. Ce phénomène n’est qu’une variante de ce qui est le plus dommageable pour la communication : le mensonge! Si la parole est ce fil qui relie les gens entre eux, le mensonge est un des plus grands obstacles à la vie sociale. Jésus a une exigence très nette à ce sujet : Que votre parole soit «oui» si c’est «oui», «non», si c’est «non». Ce qui est en plus vient du Mauvais! Parler vrai, la première exigence pour la communication authentique!        
Mais l’Évangile recèle encore plus de possibilités pour notre quête d’une meilleure communication : l’invitation à la foi, à la confiance. En effet, déjà dans les relations de confiance entre nous, l’enjeu n’est pas celui d’un échange d’informations; mais plutôt celui de ce que nous pourrions appeler : une communication d’existence. Quand nous faisons confiance à quelqu’un, nous ne partageons pas des données. Nous échangeons une inspiration, une énergie, un souffle. Croire, ce n’est pas retenir par cœur des choses apprises. C’est vivre une communion en Esprit et en vérité avec quelqu’un, avec Dieu. Dans une relation de confiance, on s’exprime tel que l’on est,  avec nos forces mais aussi avec nos faiblesses. On ne fait pas que parler de météo.  On prend le temps de se brancher sur son intérieur, d’identifier ce qui nous fait vivre et de l’exprimer dans des paroles vraies. La confiance, comme la foi et l’amour, n’est pas de ce type de relations où on s’échange des choses et des objets. Non!  Cette attitude de disponibilité s’intéresse à ce qui fait vivre l’autre, à ce qui l’inspire. L’écoute est alors celle d’un apprenti, d’un disciple, ou d’un amoureux, et non pas celle d’un consommateur ou d’un utilisateur.          
Ce qui fait vivre, c’est ce qui se passe au niveau du cœur. Nous en avons un bel exemple avec Jésus. Il ne s’arrêtait pas aux mots, aux formules,  aux rites. Il regardait à l’intérieur, à la source, au cœur.  Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur… (Mt 18,35). Dans la Bible, le cœur c’est le centre de l’être humain, là où on dialogue avec soi-même, où on assume ses responsabilités, où on s’ouvre ou se ferme à Dieu. Antoine de St-Exupéry l’a bien compris quand il a dit : On ne voit bien qu’avec le cœur.       
C’est clair. Ce qui importe, pour une communication authentique, c’est le cœur. Et je dirais même plus : la qualité du cœur!  C’est pourquoi dans la Bible, il est question d’un cœur nouveau. Devant les difficultés d’Israël à vivre selon l’alliance, Dieu lui promet un renouvellement intérieur.  Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. En faisant confiance, en croyant à Jésus Christ, en adhérant à lui de tout notre cœur, nous sommes renouvelés intérieurement.
On comprend bien maintenant l’importance d’ajuster nos paroles à notre cœur, à notre intérieur. Se mentir à soi-même, c’est comme être un aveugle qui veut guider un autre aveugle, c’est ne pas voir ses propres défaillances alors qu’on cherche à déceler les défauts de son voisin.  Une parole vraie révèle un cœur sincère et honnête. Une parole fausse tue la joie et la confiance. Nous sommes invités à la vigilance, à la vigilance envers nous-mêmes surtout. Par sa Parole, Dieu s’est compromis et engagé avec nous.  Laissons Dieu convertir notre cœur, car lui seul a les paroles de vérité.       

 

Communauté chrétienne Saint-Albert-Le-Grand de Montréal