Bandeau de la communauté

Imprimer

Voir le déroulement de ce dimanche

5e Dimanche de Pâques (B)

29 avril 2018

Dieu est plus grand que notre cœur

Première lettre de Jean 3, 18-24

Évangile selon saint Jean 15, 1-8

André Descôteaux

Le 15 avril, le pape François visitait une paroisse de Rome. Dans le cadre de sa visite, une session question-réponse est prévue avec de jeunes enfants. Arrive le tour d’Emmanuele, un jeune garçon de 6 ou 7 ans, incapable de dire un seul mot, tellement il pleurait. Le pape l’invite à venir à lui et à lui dire dans le creux de l’oreille ce qui le préoccupe. Après qu’ils se soient parlés, le pape, avec la permission d’Emmanuele, partage ce qui le préoccupe.           
           
Emmanuele venait de perdre son papa qui n’était pas croyant. Emmanuele se demandait si son père était au ciel! Il avait peur qu’il n’y soit pas. Et s’il n’y était pas, vous pouvez imaginer où il était. Le pape commence par répondre en disant que son père était un homme bon. Même athée, il avait accepté que ses quatre enfants aient été baptisés. Il est plus facile, ajoute le pape, de faire baptiser ses enfants lorsque croyants que lorsqu’incroyants. Mais le plus intéressant est à venir. Après avoir décrit son père comme un homme bon. Il pose la question suivante : comment Dieu, qui est essentiellement père, ne reconnaîtrait pas ou n’accueillerait pas un homme qui a été un bon père? comment imaginer que les deux pères ne se reconnaissent pas?
           
C’est comme si le pape disait, nous ne sommes pas dans l’ordre des lois et règlements, ni même dans celui de convictions explicites, comme le fait de se déclarer athée, mais dans l’ordre de ce qui fait vivre. L’apôtre Jean dirait : « aimons-nous seulement en paroles ou en discours ou par des actes et en vérité? » En vérité. Sommes-nous en vérité des hommes, des femmes d’amour, dont l’amour est le principal moteur.  
           
Aujourd’hui, le Seigneur, par l’image de la vigne et du sarment qui y est rattaché, nous invite à entrer encore plus profondément dans la dimension de ce que nous sommes au plus profond de nous-mêmes et de ce à quoi nous sommes appelés à devenir. En effet, avec l’image de la vigne et du sarment qui s’y rattache, il utilise huit fois le verbe « demeurer ». « Demeurez en moi, comme moi en vous ». Comme le sarment, « demeurez en moi ». « Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous » vous pourrez même demander tout ce que vous voulez.      
           
Ce thème de la demeure n’est pas particulier à ce passage de l’Évangile. Non seulement il revient ailleurs dans l’Évangile, mais, même ce matin, dans la lecture de la lettre de Jean, il est question de la demeure de Dieu en nous          
           
Nous rendons-nous compte de ce que cela signifie? Le thème de la demeure de Dieu est très présent dans l’Écriture. Dieu est d’abord celui qui habite au plus haut des cieux. Au psaume 103, on lit : « Comme une tenture, tu déploies les cieux, tu élèves dans leurs eaux tes demeures; des nuées, tu te fais un char, tu t'avances sur les ailes du vent ».   
Mais ce Dieu, en signe de sa présence au milieu de son peuple qui marche dans le désert, donnera des consignes pour qu’on dresse dans le campement une tente. Ainsi, tel qu’il est écrit au livre des Nombres (9, 15) « le jour où l’on dressa la Demeure, la nuée couvrit la Demeure – c’est-à-dire la tente du Témoignage – et, le soir, il y eut sur la Demeure comme l’apparence d’un feu, et cela jusqu’au matin ». Dieu consent à habiter avec son peuple, mais ce lieu sera éminemment sacré comme le sera le Temple que Salomon construira et tout particulièrement, le Sanctuaire, cette partie du Temple, appelée le Saint des Saints. Seuls quelques prêtres sont autorisés à y pénétrer. Mais voilà, juste un peu avant que le Christ ne meure sur la croix, le rideau du Sanctuaire se déchira par le milieu. (Lc 23, 45) 
           
Avec le Christ, quelque chose de radical advient, Dieu n’est plus à chercher dans le temple mais il se donne dans son Fils pour établir sa demeure en tous ses enfants, quels qu’ils soient. Dieu fait sa demeure en nous pour que nous fassions sa demeure en lui. L’humanité est appelée à devenir la demeure de Dieu. Nous sommes appelés à être sa demeure !   
           
Pensons un peu à ce que cela veut dire. Demeurer signifie permanence. Pas question d’être là pour un week-end, en visite. Ni même une halte passagère où on refait le plein pour mieux repartir. Non. Il s’agit de s’installer à demeure, de vivre avec, d’apprendre à vivre ensemble comme un couple qui s’apprivoise alors qu’il emménage dans son appartement. Tout cela dans le but de créer une communion intime. Saint Jean, nous dit dans la première lecture, que cette présence de l’un à l’autre est le fait de l’Esprit Saint, cette sève de l’amour qui irrigue tous les sarments rattachés au Christ Jésus. Un peu mystique, tout cela!   
           
C’est vrai et nous ne sommes pas des mystiques, en tous les cas, pas moi. Mais il y a des croyants, des croyantes qui ont éprouvé cette union d’une manière exceptionnelle dont sainte Catherine de Sienne que nous fêtons aujourd’hui. Elle et tous les autres mystiques sont des signes de ce que peut signifier cette présence et de sa réalité et de notre réalité.
           
Mais pour ne pas sombrer dans les élans ésotériques, Jésus parle des fruits que doit produire le sarment. Il ne parle pas d’abord de grands élans mais de fruits. Saint Jean, lui, insiste sur la nécessité d’aimer non seulement en paroles mais aussi en actes et en vérité. Mais il est quand même essentiel de comprendre que la suite du Christ est d’abord une présence, une communion qui se traduira par des actes.  
           
Nous pouvons maintenant accueillir cette parole si réconfortante de Jean. Nous voulons aimer. Nous nous savons rattachés au Christ, mais nous sommes ce que nous sommes. La sève qui coule dans nos veines n’est pas toujours l’Esprit Saint à 100%. Eh bien, Jean nous dit : « Si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses ». Il connaît toutes choses, et il sait bien que, malgré nos faiblesses, nous sommes habités par l’amour, nous sommes habités par lui et nous voulons vivre en lui! Voilà pourquoi, Jean peut même parler d’avoir de l’assurance devant Dieu. « Bien-aimés, si notre cœur ne nous accuse pas, nous avons de l’assurance devant Dieu ».  
           
Accueillons cette invitation à demeurer en Dieu, dans la paix, en laissant le Christ, sa parole et son Esprit nous habiter tout particulièrement au moment, où dans cette eucharistie, nous présenterons au Père le fruit de la Vigne par excellence, son propre Fils auquel, par l’Esprit, nous sommes greffés! Amen.  

Communauté chrétienne Saint-Albert-Le-Grand de Montréal