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Commentaires pour le 20e dimanche du Temps Ordinaire

Même les miettes sont bonnes!

16 août 2020


Renaldo Battista

Je suis toujours inconfortable à la lecture de ce passage d’évangile, en raison du rejet initial, plutôt brutal, de Jésus face à la demande de la Cananéenne, dont la fille est tourmentée par un démon. Cette attitude de Jésus ne va-t-elle pas à l’encontre de l'inclusivité, sinon de l’universalité, de son message ? 

Mais comme toujours, les récits d’évangile gagnent à être approfondis selon différentes perspectives. Alors que l’évangile de la semaine dernière, « la marche sur les eaux », illustrait clairement la tension dynamique qui existe entre foi et doute, dans ce nouvel épisode, Jésus pousse la Cananéenne dans les derniers retranchements de son « lâcher-prise ». Ne faut-il pas mourir au doute pour que la vie jaillisse dans toute sa splendeur ?

Ainsi, cet épisode illustre bien la « radicalité », parfois inconfortable, du message évangélique.


Monique Morval

Quelle belle leçon donnée par la Cananéenne à Jésus ! Je suppose qu’avec cet épisode, Jésus a pris conscience que son message devait être universel, s’adresser à tous et toutes… Mais de notre côté, ne nous contentons-nous pas parfois de ne donner que des miettes à ceux qui sont dans le besoin ? Cet évangile plaide donc aussi pour un partage équitable des biens de ce monde.  


Annie Laporte

C'est la première fois que je mets en lien le texte de la semaine passée avec celui d'aujourd'hui : "Jésus marche sur les eaux et la foi de la cananéenne."

Pierre marchant sur les eaux suite à sa demande oublie la confiance qu'il avait mise en Jésus et il coule. Jésus lui tend la main et lui dit : "Homme de peu de foi."      

La cananéenne portant une confiance indéfectible en Jésus pour la guérison de sa fille crie, se prosterne, insiste et ses réponses tellement inattendues devant le refus de Jésus finissent par l'atteindre sur la dimension de sa mission.       Touché par l'intensité de sa confiance Jésus comprend que sa mission ne se limite pas juste pour les enfants d'Israël. Il lui dit : "Ta foi est grande qu'il t'arrive ce que tu veux".        

C'est comme dans la vie quand la confiance inattendue de l'autre nous bouscule à intervenir et même parfois au de là de nos capacités encore inconnues.  Répondre à cette demande c'est partager des miettes et même le pain.    

Antoine Paris

"Nous pouvons avoir l’impression de n’avoir que des miettes : miettes de richesses, miettes de vie. Voire d’habiter dans des lieux qui sont eux-mêmes des miettes : pour « la région de Tyr et de Sidon », le grec dit littéralement « les morceaux de Tyr et de Sidon », comme si par rapport à ces deux grandes villes, les villages où passe Jésus n’étaient eux-mêmes que des miettes.       
Dans la foi aussi, nous pouvons avoir l’impression de recevoir non pas les grands miracles décrits dans la Bible, les révélations à coups de trompettes, de visions, de manifestations dans les flammes sur le Sinaï, mais seulement quelques bribes de Dieu, quelques bribes d’inspiration semées dans notre quotidien : que des miettes.     
Et parfois aussi, nous pouvons avoir l’impression d’être d’abord une chair en attentes, en besoins, en désirs – des désirs qui nous échappent et nous submergent. Une chair marquée par les souffrances aussi – les nôtres et celles de ceux qui nous sont chers. Une chair réduite aux cris, aux aboiements (« Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant… »). Et nos prières sont parfois juste ce cri, plus sincère que des mots élégants (« elle nous poursuit de ses cris »). Des prières et des prosternations de chiens (en grec, il y a une drôle de ressemblance entre « elle vint se prosterner » prosékynei et « chien » kynos). Ou plutôt des prières de « petits chiens », tant le monde et les soucis peuvent nous donner l’impression d’être tout petits.    
Et à l’issue de ces prières, nous nous ne recevons que des miettes. Ou même des « petites miettes » (le mot grec employé dans le passage est un diminutif : ce sont des miettes encore plus petites que des miettes normales). 
Et pourtant, même les miettes sont bonnes !  
Elles sont bonnes parce qu’en vrai – tous ceux qui ont des chiens le savent – les petits chiens ne se nourrissent pas de miettes qui tombent. Ils se nourrissent de ce que les « enfants » leur tendent, discrètement, sous la table (même et surtout quand les parents leur ont interdit de donner à manger aux chiens). Les miettes ne tombent pas par hasard, elles tombent par amour.     
Donne-nous, Seigneur, de reconnaître que c’est ta main d’enfant qui nous nourrit et que, pour cette raison, chacune des miettes que nous recevons suffit à nous donner la force d’avancer."     


Marie-Gabrielle Vallet

Le récit de la rencontre de Jésus et de la femme cananéenne est un texte doublement inspirant. D'abord, on voit Jésus comprendre une chose nouvelle pour lui. Il pensait être chargé d'annoncer la bonne nouvelle à ses coreligionnaires, et il découvre que d'autres sont prêts à la recevoir. Des non juifs attendent aussi une libération et s'engagent sur le chemin des béatitudes. Jésus ne savait pas ça au départ. Il n'a pas la science infuse. Il sait écouter, se remettre en question, se laisser instruire.  

Et c'est là mon deuxième point : Jésus se laisse instruire par une femme. Ce passage me dit l'importance que Jésus accorde à la parole d'une femme. Même si, au début, il ne veut rien savoir de cette femme étrangère, elle est assez tenace et intelligente pour se faire entendre. Elle a même l'humilité de se laisser humilier, par le silence de Jésus d'abord, puis par le mot de chien (une note dans la bible indique qu'il signifie païen en langage usuel, mais ça ne me semble pas très respectueux pour autant). Et Jésus accepte la leçon. Il accepte d'apprendre d'elle une chose qu'il ignorait au sujet de sa propre mission : qu'elle déborde le cadre du peuple juif et s'adresse à tout être humain.    

Je l'aime, cette femme. Et je suis reconnaissante de l'humanité de Jésus dont témoigne ce texte.