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2e Dimanche de l'Avent (C)

9 décembre 2018

Ba 5, 1-9

Ph 1 ,4-6.8-11

Luc 3, 1-6

Mgr Alain Faubert

« Préparez le chemin du Seigneur »

 

Nous entendons ensemble ce matin un double appel prophétique, de Baruch à Jean le Baptiste, à préparer le chemin du Seigneur, à rendre droit, ses sentiers, à rendre droits les passages tortueux.        

Alain FaubertRéaction immédiate : « Allons-y! Retroussons-nous les manches! Fonçons! » Ce qui m’habite cependant, j’ose le dire… ce n’est pas une hésitation, ce n’est pas nécessairement un doute… J’aurais tout de même deux considérations préalables. Comme pour explorer ce qui nous apparaît comme un évident appel à passer à l’action.

           
Pour cela, je dois vous parler de deux bourgades: Montpellier et Paris. D’abord Montpellier… vous allez être déçus… pas Montpellier en France, ni même au Vermont. Ma famille vient de l’Outaouais... de la vallée de la Petite Nation. Montpellier. Un petit village auquel on accède seulement en empruntant des chemins sinueux, étroits... pleins de bosses et de nids de poule. J’ai passé presque toute ma vie, de visite en visite à Montpellier, à voir des hommes... et des femmes travailler et suer à essayer de faire passer une bonne route au-delà des montagnes noires, en haut de Montebello et de Papineauville. À la pelle, à la pioche, souvent à coup de dynamite pour abaisser quelques collines et rendre plus droits des passages dangereux.            

Aujourd’hui, c’est incroyable, c’est beaucoup mieux, avec la nouvelle autoroute 50, belle et droite qui relie Gatineau à Montréal. Mais imaginez ce que ces hommes et ces femmes ont enduré : la chaleur parfois écrasante... du soleil et de l’asphalte brûlante.   

À la quantité de cônes orange qu’on a à Montréal, j’imagine que je ne suis pas le seul à avoir en tête ce genre d’images quand on entend parler de « préparer un chemin, d’aplanir les routes, de combler des ravins et d’abaisser les collines ». Le signal que je reçois : le travail est exigeant. Il faut qu’il en vaille la peine. Il faut que le sens profond de l’entreprise nous demeure bien en mémoire. C’est presque un travail de bagnard. Combien peuvent se sentir avilis à casser des cailloux pour ne pas pouvoir en profiter eux-mêmes…        

Dans le cas de Montpellier, le sens de tout ce travail était clair : permettre à un plus grand nombre d’aller et venir, libérer le potentiel économique d’un coin reculé du Québec. Mais voilà, il faudrait tout de même se demander comment a pu résonner, à l’époque de Baruch comme à l’époque de Jean le Baptiste ce même appel au travail…

Parlons de Paris. J’ai eu une réaction en lien avec l’actualité française en entendant le Baptiste reprendre l’appel prophétique ancien à « rendre droit les sentiers ». En fait, j’ai pensé à Napoléon III et au baron Hausmann. Ils ont élargi les rues de Paris, créé des grands boulevards bien droits. Si on prend leur action en bonne part, on va croire que c’était pour des raisons sanitaires… et que la circulation dans Paris en avait bien besoin. Il y a quand même des mauvaises langues pour penser que c’était pour des raisons sécuritaires. Des rues droites, ça facilite le mouvement des troupes et les tirs de canon sur la foule. Ça facilite la répression…    

           

D’où la question : je veux bien préparer un sentier droit, mais pour qui? Qui apparaît au détour du chemin? La police? Les chars? L’armée? On va dire : c’est le Seigneur! Oui, mais qu’est-ce qu’il vient faire exactement? Je sais bien que nous, chrétiens bien renseignés, nous n’osons pas croire qu’il vient nous taper dessus. Il faudrait pourtant se demander comment l’annonce de cette venue a pu résonner dans le cœur des contemporains de Baruch ou de Jean le Baptiste… On devine, en relisant ailleurs dans l’Évangile, les propos de Jean, que le visage du Dieu qu’il annonçait n’était pas si facile à dessiner : vengeance ou miséricorde? La pelle à vanner, la hache ou l’année de Jubilé?          

Baruch, quant à lui, fait résonner l’appel à préparer les chemins du Seigneur en un temps plutôt sombre de l’histoire du peuple de l’alliance. Une partie importante de la communauté est en exil à Babylone. Dans cet exil, ils étaient traités en esclaves. Chaque année, pour la fête du dieu Mardouk, le dieu national de Babylone, les juifs étaient condamnés à marcher jusqu’au désert, pour des grands travaux en l’honneur d’une idole païenne. Condamnés à préparer une voie royale pour une idole. Vous imaginez la peine physique et aussi la peine morale qu’ils devaient subir. C’était le bagne… l’absurdité d’un travail dont on ne profite pas.     

Mais voilà qu’il leur est annoncé qu’ils peuvent désormais préparer une route, non pas pour Mardouk, mais pour leur Dieu, le Seigneur Yahweh. Et qu’en fait, cette route ne servira pas seulement au Seigneur, pour qu’il vienne visiter son peuple, mais aussi à Israël, pour qu’il puisse quitter la terre de son exil et retourner dans la Terre promise. L’appel prophétique est le signal de la libération!           

Ce que les prophètes annoncent, c’est comme la construction d’une autoroute à deux sens : une voie pour que le Seigneur vienne, l’autre pour qu’il prenne la tête de son peuple et le guide jusqu’à la maison. Ça explique pourquoi, — c’est remarquable — dans la première lecture qu’on a entendue, les routes aplanies servent à Israël à revenir à Jérusalem, à faire route en sécurité.          

Dans le fond, ce qui est annoncé, c’est un nouvel exode... une nouvelle sortie d’Égypte. Le Seigneur vient, oui, mais pas pour qu’on reste là où on est. Pas simplement pour nous visiter ou même pour distribuer les bulletins de bonnes ou de mauvaises conduites. Il vient dévoiler sa compassion, sa miséricorde. Il vient nous rappeler sa fidélité qui est de toujours à toujours, son amour d’éternité. Il vient pour nous prendre par la main, nous libérer et nous conduire à la maison.           

C’est ce que Jésus vient faire. Lui, le Messie attendu. Il ne vient pas récompenser les bons et punir les méchants. Il vient nous libérer, tous, de notre esclavage; il vient nous ramener de l’exil; il vient nous faire rentrer chez nous, par un chemin intérieur de justice et de vérité. Et c’est ce qu’il a fait, en pardonnant plutôt qu’en condamnant, par la douceur et non par le fouet.         

Pour qu’on puisse rentrer à la maison. Retourner chez nous. Là où nous sommes vraiment appelés à être. Libérés non seulement, comme les hébreux, de chaînes extérieures, mais libérés, débarrassés aussi de ce qui nous empêche de vivre une vie pleinement humaine, pleinement divine même. C’est ce que Jésus vient faire, lui, le Messie qu’attendaient Jean le Baptiste et Israël.   

On comprend alors pourquoi Jean s’était rendu dans la région du Jourdain. Pour baptiser dans le Jourdain. Pour plonger ceux qui voulaient revenir à Dieu dans le fleuve que leurs ancêtres avaient traversé pour rentrer en Terre promise. Comme pour dire : on revient à ce moment d’autrefois où nous avons dit « oui » à Dieu, avant même de traverser. On vient y attendre celui qui va nous permettre, comme une deuxième chance, de rentrer vraiment dans l’héritage promis par le Seigneur. Celui qui va nous plonger dans l’Esprit Saint.

           

Alors, il me semble que l’appel d’autrefois nous rejoint dans notre actualité. « Préparez les chemins du Seigneur »; « rendre droits ses sentiers »… On l’a entendu souvent comme un appel plus individuel à la conversion. Faire du ménage dans notre vie, dans nos cœurs pour accueillir le Dieu qui vient aujourd’hui, et qui reviendra dans sa gloire.   

C’est vrai. J’en ai besoin. J’ai particulièrement besoin d’être rappelé à la fidélité du Seigneur, à son amour infini. Parce que mon péché me tord, me détourne, m’emprisonne dans des voies sans issue. Alors, que la mémoire du Dieu qui est venu prendre chair de notre chair me redresse et me redonne espérance.    

Mais il me semble pourtant, à la lumière de ces quelques réflexions, qu’il faut aussi et peut-être surtout entendre ces appels à l’action comme des invitations à entrer dans le mouvement de libération intégrale que le Seigneur a initié et qu’il dirige encore. À être complices du nouvel exode préparé par le Seigneur, pour faire le monde nouveau, comme une Terre Promise.          

Préparer les chemins du Seigneur, c’est participer à ce que des hommes et des femmes autour de nous, des familles et des communautés se retrouvent, se reprennent en mains, reprennent vie, retrouvent une liberté perdue.      

Je pense spontanément bien sûr aux migrants, aux étrangers et en particulier aux réfugiés qui vivent leur déplacement non pas comme un exode, mais comme un exil… ou en fait un peu des deux. Que puis-je faire justement, qu’est-ce qu’on peut mettre en œuvre pour qu’ils puissent trouver, comme le dit la liturgie : « une terre et des amis »? 

Je pense aussi à ceux et celles qui sont pris dans les pièges de toutes sortes d’addictions, aux prises avec toutes sortes de papillons noirs : dépression, désespoir de voir se régler leurs problèmes de santé, leurs problèmes affectifs, professionnels, familiaux. Nous n’avons pas de baguette magique, mais nous pouvons avoir une main tendue, un cœur à l’écoute, un visage de compassion.          

           

Enfin, en écoutant le cri final de l’Évangile : « Et tout être vivant verra le salut de Dieu », je me prends aussi à penser que le salut, la libération intégrale, dépasse la communauté des humains pour atteindre la création entière. Toute SARX, toute chair verra le salut de Dieu. C’est sans doute aussi la condition de fragilité du monde, de notre planète qui est aussi l’objet de cette libération qui vient. Saint Paul le disait, la création gémit elle aussi dans l’attente du Salut.

Ce temps d’Avent… mais chaque jour de nos semaines ordinaires peut être le temps favorable pour ces petits gestes qui restaurent, ces engagements en apparence bien modestes, mais qui se conjuguent pour un changement durable.          

           

Préparons le chemin du Seigneur… il vient allumer le feu sur la Terre!    

          

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